|
1. Code éthique :
Présence ou absence d’un code d’éthique et/ou de règles
éthiques internes régissant les interventions des employés et présence
ou absence de liens avec les associations professionnels (Collège des médecins
etc.)
L’existence de règles d’éthiques et/ou de code d’éthique
dans les diverses institutions et les organismes de support est vue comme
une mesure de prévention des abus. Ces règles valorisent un plus grand
respect des résidents en encadrant les pratiques et les interventions.
Selon l’Institut Roeher Institute (1988) «Il faut
former immédiatement des comités chargés d’établir des règles d’éthique
dans deux domaines fondamentaux : l’activité sexuelle entre les résidents
de l’établissement et les contacts entre les membres du personnel et les
résidents». (Institut Roeher Institute,1988 :95-96). Selon
l’auteur, ces règles doivent guider le personnel tant pour les
comportements entre résidents que pour la relation personnel-résident et
ce, plus particulièrement dans le cas de résidents ayant déjà été
victime de violence (Institut Roeher Institute 1998 :96).
Le Ministère de la Santé et des Services Sociaux (2002)
rappelle l’importance de la présence d’un code d’éthique dans les
institutions où la contention et l’isolement pourraient être utilisés.
Ces codes d’éthiques doivent dicter des règles de conduites qui
s’inscrive dans le cadre légal des droits de la personne. Les différences
des systèmes de valeurs des patients, de leurs familles et des institutions
placent les intervenants devant des choix qui nécessitent des balises, «C’est
pourquoi, afin de les guider dans le choix de recourir à une mesure de
contrôle pour assurer la sécurité de la personne et celle d’autrui, il
est essentiel que les protocoles balises l’utilisation exceptionnelle de
ces mesures s’appuient sur des règles éthiques» (MSSS,2002 : 11).
2. Culture institutionnelle
de violence :
Présence ou absence d’une culture de la violence
(acceptation des situations de violence et d’abus, valorisation de la
violence etc.) dans l’environnement des personnes ayant des déficiences
et des incapacités (famille, aidants etc.)
Pâquet-Deehy et al. (2000) rapporte une extrait
d’entrevue très représentatif des conséquences de la présence d’une
culture institutionnelle de violence : «Tu sais, tu vis dans un centre
là, tu vas vivre là toute ta vie. Si tu parles, tu passes pour le chiâleux
toute ta vie, ou le pas correct, ça fait que c’est comme … eux autres
ils pensent qu’ils n’ont pas le choix. Tu sais, ils ont bien peur des
représailles, ils ont bien trop peur de ne pas avoir de services. Je suis sûre
qu’ils doivent leur dire :«Ah si tu fais ça, tu va voir, ça va être
pire» (Extrait d’entrevue, Pâquet-Deehy et al. 2000 :129).
Dans le même sens, le Justice Institute of British
Colombia illustre ces réalités par un cas fictif d’agression sexuelle
par un employé d’un centre d’hébergement envers une des résidente.
Suite à sa plainte, la victime subit des représailles notamment, une
infirmière la laisse dans une flaque d’urine afin de lui «apprendre» à
respecter le personnel. (Justice Institute of British Colombia,1996 :scénario3).
3. Divulgation règles
institution :
Présence ou absence de divulgation, publication et
accessibilité des règles institutionnelles tant pour les employés que
pour les bénéficiaires et leurs familles.
Les trois plan d’action institutionnel consultés
mentionne l’importance de divulguer leurs règles institutionnelles (CRDI
Saguenay-Lac-Saint-Jean 1999a :15, Fédération Québécoise des CRDI,1995 :
17, MSSS,2002b : 6).
Cette divulgation des règles institutionnelles
accompagnent l’existence de mécanismes de plaintes et de suivi des
plaintes pour deux de ces organismes (CRDI Saguenay-Lac-Saint-Jean 1999a :15,
Fédération Québécoise des CRDI,1995 : 17.). Ces deux document
mentionne aussi l’importance de divulguer ces règles aux bénéficiaires,
à leur famille et aux employés et professionnels de l’établissement. Ce
souci de divulgation des règles institutionnelles à ces trois groupes
montre une sensibilité à la dénonciation des cas d’abus par la
victimes, ses proches et ou ses aidants.
4. Encadrement / évaluation
des employés :
Présence ou absence de mesures et d’outils d’évaluation
et d’encadrement des employés permettant d’établir et de faire
respecter des barèmes et des protocoles d’intervention adéquats
permettant de prévenir et identifier les comportements inadéquats de la
part d’employés.
Dubois (1995) identifie l’absence d’encadrement et
d’évaluation des employés comme étant un facteur augmentant les
situations de violence et d’abus. Elle nomme des causes liées : «à
la définition et l’organisation des tâches des aidants :
l’absence d’un cadre de référence concret et pratique définissant les
critères de garantie de la qualité de vie, des restrictions budgétaires
qui entraînent une diminution des services … ; au contrôle de la qualité
des services : l’absence de supervision, de mécanisme d’évaluation
ponctuels et continus …» (Dubois,1995 :27).
Pour sa part, Petitpierre (2002) traite de
l’encadrement et de l’évaluation des employés dans ses recommandations
en matière de prévention (Petitpierre 2002 :57-58). On peut notamment
y lire qu’un programme de prévention devrait contenir les composantes
suivantes : «Doter les intervenants d’outils de maîtrise émotionnelle.
Moyens : densifier les ressources en matière de supervision ; définir
précisément les tâches et responsabilités dans le cahier des charges de
chaque intervenant pour limiter les sentiments de toute puissance ou d’épuisement
; soutenir, par le biais des périodes d’échange, l’écriture régulière
sur le travail accompli et les interactions engagées […]» (Petitpierre
2002 :58).
5. Environnement physique (accès) :
Présence ou absence d’adaptation des lieux (rampes
d’accès, barres d’appui, ascenseurs etc.) afin de permettre
l’autonomie de déplacement des bénéficiaires. Inclus la présence et
l’utilisation de matériel adéquat et le renouvellement de matériel désuet
(instrument et salle de contention etc.)
Dubois (1995) identifie l’organisation physique des
lieux comme une cause pouvant produire des cas d’abus en institution. L’auteur
définit cette organisation physique des lieux comme étant : «l’absence
d’accessibilité architecturale, le manque de matériel d’adaptation
favorisant l’autonomie» (Dubois 1995 :27). Des lacunes aux niveaux
architectural et matériel pourrait limiter les déplacements de la
personnes ayant des déficiences et/ou des incapacités ; étant plus dépendante,
cette dernière devient plus vulnérable aux situations de violence et
d’abus.
Le Ministère de la Santé et des Services Sociaux
(2002b) traite du matériel de contention physique et de l’architecture
des salles de contention. Ce plan d’action ministérielle ce fixe
notamment comme objectif d’établir des normes pour la certification du
matériel de contention. Ces normes seront développées afin de limiter
l’usage de matériel inadéquat : « L’absence actuelle de normes
rend plus difficile et aléatoire le choix du matériel utilisé par les
intervenants. De plus, cette absence fait en sorte que du matériel non sécuritaire
peut être encore en usage dans certains établissements» (MSSS,2002b :11).
6. Équipe multidisciplinaire :
Présence ou absence d’une équipe professionnelle
multidisciplinaire permettant d’assurer l’adaptation et le suivi des
divers besoins des bénéficiaires (physiothérapie, psychologie etc.).
La présence d’une équipe multidisciplinaire n’est
traitée que par trois des auteurs consultés. Selon la Fédération des
Centre de Réadaptation pour les Personnes présentant une Déficience
Intellectuelle – CRDI – le partage d’informations aux différents
aidants et intervenants favorise le dépistage des cas d’abus chez les
personnes soupçonnées d’être victime. (Fédération des CRDI,1995 :10)
Pour sa part , Pont (2000) affirme qu’en matière de prévention
de la contention, : «Le deuxième point important est celui de la cohésion
d’équipe, du dialogue pluridisciplinaire.» (Pont,2000 :29). Selon
cet auteur, la présence d’équipes multidisciplinaire permettrait le
dialogue et le partage de solution lorsque des situations difficiles sont
rencontrées ave les patients : «C’est souvent à travers ce
dialogue entre équipes médicales et infirmières que l’on peut trouver
la solution pour éviter la contention et la surmédication». (Pont,2000 :29).
7. Évaluation médicale /
traitement :
Présence ou absence de mesures de révision et
d’adaptation des évaluations, diagnostics, et prescriptions des bénéficiaires.
Inclus l’absence ou la présence de médication et/ou de surmédication
comme mesure de contention et/ou de contrôle du comportement des bénéficiaires.
L’évaluation médicale, la gestion des médicaments et
l’adaptation et le suivi des traitements est traité principalement par
les Autisme-Europe (1998), MSSS(2002a, 2002b) Plamondon L. (2003a) et Sobsey
D. (1994).
Les orientations ministérielles relatives à
l’utilisation exceptionnelle des mesure de contrôle : contention,
isolement et substances chimiques du Ministère de la Santé et des Services
Sociaux du Québec MSSS et le Plan d’action qui l’accompagne traitent en
profondeur de la gestion des médicaments, des traitements et du contrôle
des mesure de contention et de traitements (MSSS 2003a, 2003b). Ces deux
documents permettent de se familiariser avec les problématiques de
contention et d’isolement tout en apportant des solutions pratiques et
efficaces pour limiter l’utilisation de ces mesures.
Tout comme le fait Sobsey (1994 :134-137), le MSSS
montre l’importance de l’utilisation des mesures de contention et
d’isolement pour minimiser les impacts des troubles et lacunes
comportementales de certains patients. Selon ces deux auteurs, une approche
individualisée et axée sur l’intervention psychosociale permettant une
gestion plus adéquate des troubles de comportements tout en respectant les
droits des patients.
Il est a noter qu’un code de déontologique pour une
utilisation adéquate des médicaments administrés aux personnes autistes a
été développé par Autisme-Europe (1998). Ce code de déontologie traite notamment du stockage des médicaments, de la posologie, du
respect des institutions, de l’interaction entre médicaments, des effets
secondaires et de la spécificité des personnes âgées. (Autisme-Europe,1998 :
73-78).
8. Fatigue / stress aidants
et employés :
Fatigue, stress et épuisement des aidants (famille,
professionnels etc.) face à la lourdeur, la complexité ou la fréquence
des soins à fournir aux personnes ayant des déficiences et des incapacités.
Selon Sobsey (1994) : «Les intervenants mécontents
face au pouvoir et aux responsabilités qu’occupent leurs supérieurs dans
la structure institutionnelle peuvent être frustrés par leur manque de
pouvoir et de responsabilisation et déplacer leur frustration sur les
personnes les plus vulnérables. Souvent, cela veut dire les résidents de
l’institution» (Sobsey,1994 :105 traduction libre).
Dans le même sens, l’Institut Roeher Institute (1998)
affirme que «les salaires médiocres, le travail par quart, les longues
heures et les tâches non-gratifiantes, des charges de travail énormes et
les structures hiérarchiques actuelles sont tous des facteurs qui peuvent
amener un travailleur à perdre tout intérêt dans le bien-être de
l’enfant » (Institut Roeher Institute 1988 :63). Cet institut site
aussi la réduction du stress des employés comme une mesure de prévention
des abus en institution.
9. Formation des bénéficiaires :
Présence ou absence de mécanisme de formation aux bénéficiaires
dans les institutions de soins et d’hébergements.
Il
s’agit tant de la formation académique que des connaissances générales
acquises pouvant être acquise par ces personnes notamment l’apprentissage
des soins d’hygiène, de la gestion du budget, de la prise de décisions
personnelles etc.
Le Comité Violence et déficience intellectuelle de l’Estrie
affirme que :«Lorsque réunis , la privation affective, la faible
estime de soi, le manque de confiance et le repli sur soi, l’apprentissage
de la soumission et de l’obéissance, les lacunes de l’éducation
notamment au plan sexuel, rendrent la personne encore plus vulnérable à la
violence» (Comité Violence et déficience intellectuelle de l’Estrie 2003 :17).
Lors de leur reconstitution d’un cas réel
d’agression sexuelle en institution envers une jeune femme déficience
intellectuelle Baumman et Thiele (1991) ont rencontré la jeune victime et
lui on demandé si elle croyait qu’une telle situation pouvait se
reproduire. Répondant par l’affirmative, cette dernière à aussi fait
part du besoin de formation des résidents : «Il faudrait parler plus
de ce genre de problèmes aux jeunes lorsque l’on entre dans un
institution, et montrer où sont les risques» (extrait d’entrevue, cité
dans Baumman et Thiele 1991 :49).
Afin de contrer les conduites inacceptables de la part
d’employés, le Centre de réadaptation en déficience intellectuelle du
Saguenay-Lac-Saint-Jean valorise la communication entre les bénéficiaires,
leur famille et l’institution. Par exemple, une de leur mesures de prévention
est de :«développer des mécanismes d’information aux personnes qui
reçoivent des services et à leurs proches portant sur les règles établies
par les établissements concernés du regroupement en matière de conduites
inacceptables.» (CRDI Saguenay-Lac-Saint-Jean,1999a :15).
10. Formation / expériences
aidants :
Niveau de connaissance spécifique aux déficiences et/ou
incapacités, spécialisation et expériences d’intervention des aidants
(famille, professionnels etc.) au près des personnes ayant des déficiences
et/ou des incapacités.
En analysant les services de maintien à domicile, Paquêt-Deehy
et al (2000) recensent et analysent plusieurs lacunes dans la formation et
l’expérience des aidants. Ce manque de formation peut produire tant de la
frustration, de la violence psychologique, voir des blessures physiques. Par
exemple, les manques de formation des préposées des agences de soins à
domicile peut créer des conflits entre les préposées et les bénéficiaires :
«Tu as des gens qui arrivent ici et qui ne savent même pas ce que c’est
qu’un sac d’urine ; là faut que tu leurs expliques ce que c’est. Tu
as l’impression continuellement de faire de la formation de préposés-es.
Au nom qui passent. Tu passent ton temps à remontrer comment faire» (
extrait d’entrevue cité dans Pâquet-Deehy et al. 200 :79-80).
Ce manque de formation et d’expérience avec des clientèles
handicapées a aussi été recensé dans le milieu médical. Une femme
handicapée a révélé en entrevue que : «Aller à l’hôpital là,
pour moi et pour ceux qui sont comme moi, c’est l’enfer. Parce que quand
tu auras besoin d’aide, tu ne sais même pas ce qu’il vont faire. Alors
ça ce n’est pas drôle. Il ne savent pas quoi faire avec toi. Ils ne
comprennent pas pourquoi tu ne te déplies pas au complet. Là ils te tirent
sur les jambes, et tu es là : «Non, fais pas ça»». (Extrait
d’entrevue, cité dans Pâquet-Deehy et al,2000 :145).
Le document Code de bonnes pratiques pour la prévention
de la violence et des abus à l’égard des personnes autistes d’Autisme-Europe
(1998) consacre un chapitre complet à l’importance de la formation des
aidants – famille, professionnels etc. -. Selon les auteurs, cette
formation devrait viser quatre objectifs : développer une bonne compréhension
de l’autisme, l’évaluation de la personne autiste, l’adaptation de
l’environnement et le recours à des stratégies éducatives spécialement
adaptées à l’autisme. (Autisme-Europe,1998 :63-65).
11. Formation sexuelle :
Présence ou absence de cours et formations sexuelles
adaptés aux besoins spécifiques des personnes ayant des déficiences et/ou
des incapacités. Que ce soit dans le cadre d’une institutionnalisation
temporaire (visant une intégration dans la communauté) ou définitive, une
connaissance adéquate de la sexualité et des interactions entre les sexes
diminue les possibilité de situations néfastes.
La vidéo de formation du Justice Institute of British
Colombia (1996) propose, entre autre, un scénario fictif d’agression
sexuelle envers une jeune femme déficiente intellectuelle. Ce scénario est
commenté par diverses intervenantes qui insistent sur l’importance de la
présence d’éducation sexuelle en institution. Cette formation
permettrait aux bénéficiaires de mieux comprendre le fonctionnement de
leur corps en plu de distinguer les comportements sexuels adéquats des
comportements inadaptés. (Justice Institute of British Colombia,1996 :
scénario3).
L’Institut Roeher Institute (1988) site les travaux de
Coleman et Murphy (1980) afin de montrer le paradoxe de la formation
sexuelle en institution. Ces deux auteurs affirment que :«la majorité
des établissements approuvent le principe de l’éducation sexuelle et
dispensent des programmes d’éducation sexuelle, mais très peu autorisent
l’expression de la sexualité, sauf la masturbation. Ce message
contradictoire est susceptible de créer une grande confusion chez la
personne qui présente une déficience intellectuelle et peut entraîner une
confusion dans tout le domaine de la sexualité» (Coleman et Murphy,1980 :274-275
cité dans Institut Roeher Institute 1988 :57).
En plus d’identifier «l’absence de programmes de
formation à la vie affective et sexuelle en situation de handicap» (Plamondon,2003a :4)
comme étant un facteur de risque dans la communauté, Plamondon (2003a)
affirme que «l’absence d’éducation à la vie sexuelle et affective en
situation de handicap chez les intervenants» (Plamondon,2003a :7) est
aussi un facteur de risque lié à la culture de l’institution. Plamondon
(2003a) est le seul auteur à mentionner l’importance de la formation des
intervenants en matière de sexualité.
12. Interaction avec la société
isolement / intégration :
Présence ou absence de liens entre les bénéficiaires
et la société (famille, organismes et ressources communautaires etc.).
Inclus les diverses mesures pouvant être prises par l’institution pour
isoler le bénéficiaire (contention, annulation sorties et visites etc.)
La catégorie interaction avec la société isolement/intégration
regroupe plusieurs des facteurs de risque de Plamondon (2003a) soit, «peu
de place aux familles et aux proches dans les activités et la gestion de
l’organisation, conflit des cultures entre famille et institution (toute
puissance, valeur permissivité, infantilisation) et communication externe»
(Plamondon, 7,9,27,31,43).
En plus de traiter des contacts pouvant être problématiques
entre les bénéficiaires et leur famille et les divers paliers
d’intervenants de l’institution, notamment au niveau des soins d’hygiène,
des régimes alimentaires et des rencontre en intimité, Plamondon (2003a :27,31)
traite aussi des liens entretenus entre les bénéficiaires et leur
communauté. Par exemple le contrôle du téléphone et des radios-émetteurs
des intervenants a été identifiés comme facteur de risque (Plamondon,2003a :43).
Dans le même sens, Sobsey (1994) affirme que les bénéficiaires
des institutions d’hébergement sont davantage vulnérables aux situations
d’abus et de violence à cause de leur isolement social : «Comme
plusieurs des résidants des institutions sont des adultes, et que tous sont
séparés de leur famille, ces résidants échappent à l’attention des
mouvements sociaux de protection des enfants et de la famille en particulier
et, en général, à l’attention de l’ensemble de la population » (Sobsey,1994 :109).
Les mesures d’isolement et de contention en institution
sont entre autre traité par le Ministère de la Santé et des Services
Sociaux du Québec (MSSS 2002a, 2002b). Ces documents permettent de définir
les notions de contention, d’isolement et d’usage de substances
chimiques tout en prenant connaissance des orientation et mesures du
gouvernement québécois tant qu’à l’usage de l’isolement de la
contention physique et chimique (voir notamment MSSS 2002a :14-17).
13. Manque / Disponibilité
du personnel :
Disponibilité ou rareté du personnel infirmier de
soutien etc. Inclus la difficulté de recrutement associée à la pénurie
de main-d’œuvre qualifiée. Un manque de personnel peut amener une désorganisation
du travail et une augmentation du stress et de la charge de travail que
chaque employé, les possibilités de situations néfastes pourraient être
augmentées.
Comme le souligne Petitpierre (2002) : «le problème
du nombre d’éducateurs sans qualification, de la proportion de stagiaires
et du manque de supervision de ces groupes professionnels a fréquemment été
évoquée toutefois, le statut des intervenants ne constitue pas l’unique
facteur expliquant la fragilité de l’encadrement professionnel» (Petitpierrre,2003 :25).
En d’autres termes, l’auteur admet que le manque de
professionnel qualifié peut être l’un des facteurs de situations néfastes
mais il doit être considéré parallèlement à l’absence de recul des
intervenants face à une situation difficile, l’expérience
professionnelle, de la fonction dans l’institution et de la nature des
interventions avec les bénéficiaires. (Petitpierre, 2003 :25-26).
Contrairement au manque de personnel qui produit une
hausse du potentiel des situations de violence et d’abus, un nombre
suffisant d’intervenants permet le développement d’un environnement sécuritaire.
Par exemple la dotation en personnel pourrait permettre la gestion et le
traitement des carences comportementales autrement que par la contention et
l’isolement (Pont, 2000 :29).
14. Mécanisme d’évaluation
des services :
Présence ou absence de mécanismes et d’outils d’évaluation
des divers services dispensés par l’institution. Présuppose
l’existence ou l’absence de règlements et de politiques encadrant les
services et les diverses interventions.
Selon Dubois (1995) : « Dans les établissements
offrent des services, ont peut retrouver des causes liées : […] au
contrôle de la qualité des services : l’absence de supervision, de
mécanismes d’évaluation ponctuels et continus …;» (Dubois,1995 :27).
En d’autres termes, l’absence ou les lacunes au niveau des mécanismes
d’évaluation des services peuvent engendrer des situations d’abus et de
violence.
Afin de diminuer l’impact de ce facteur, le Ministère
de la Santé et des Services Sociaux (2002b) et le Centre de Réadaptation
en Déficience Intellectuelle du Saguenay Lac Saint-Jean (1999a) ont mis de
l’avant des objectifs et des orientations permettant de mieux évaluer et
encadrer les services.
Par exemple, le MSSS à développé des orientations
ministérielles visant la diminution et l’encadrement des mesures de
contention, d’isolement et l’usage de substances chimiques (MSSS 2002a).
Pour accompagner ces orientations, un plan d’action a été développé (MSSS
2002b). Le troisième objectif de ce plan d’action est de :«Mesurer
l’impact des orientations ministérielles sur l’utilisation qui est
faite des mesures de contrôle» (MSSS 2002b : 13). Afin de permettre
la réalisation de cet objectif : «Le Ministère entend mettre au
point un formulaire standardisé minimal à remplir chaque fois qu’une
substance chimique, une mesure de contention ou d’isolement sont utilisés
à titre de mesures de contrôle» (MSSS,2002b :13).
Pour sa part le CRDI Saguenay-Lac-Saint-Jean : «La
prévention des conduites inacceptables passe par la gestion de
l’intervention et la gestion des ressources humaines» (CRDI Saguenay,199a :15).
Afin de réaliser cette gestion de l’intervention, plusieurs moyens sont développés
dont, notamment, : «assurer des vérifications régulières des
services offerts par le Centre de réadaptation du Saguenay-Lac-Saint-Jean
[et] s’Assurer de la satisfaction des personnes face à la qualité des
services reçus […]» (CRDI Saguenay, 1999a :16).
15. Mécanismes de plaintes
et de suivi des plaintes :
Présence ou absence de mécanismes et d’outils
permettant aux bénéficiaires de porter plainte lors de situations néfastes
(comité des usagers etc.). Inclus présence ou absence de mécanismes et
d’outils de traitement et de suivi des plaintes.
Dans leur document Entre cinq murs, Pâquet-Deehy et al.
(2000) traite notamment des difficultés de porter plainte contre les médecins
lorsque des erreurs médicales sont commises et ce tant au niveau du
diagnostic que des traitements. Les auteurs affirment que : «Étant
donné les circonstances dans lesquelles ces situations se produisent, il
est rare que les femmes aient l’énergie nécessaire pour mener une
poursuite judiciaire. Dans deux cas, les répondantes signalent que les
informations incriminantes n’avaient pas été inscrites au dossier ;
plusieurs se disent aussi convaincues qu’elles n’obtiendraient l’appui
d’aucun autre médecin prêt à témoigner contre un collègue» (Pâquet-Deehy
et al, 2000 :153).
Afin de contrer ces situations, plusieurs auteurs donc
Sobsey (1994) affirment l’importance d’inclure le développement d’un
mécanisme de plainte et de suivi des plaintes. Cet auteur affirme notamment
que : « Les politiques et procédures traitant les abus doivent aussi
inclure des processus de dénonciation et de protection pour les résidents
et les employés qui dénonce des situations d’abus » (Sobsey,1994 :257,
traduction libre).
Il est a noter que les trois documents traitant de procédures
et d’orientations (CRDI Saguenay,1999a, Féd. Qué CRDI,1995 et MSSS
2002b) traitent des mécanismes de plaintes et de suivi des plaintes. Pour
le MSSS et la Fédération Québécoise des CRDI, ces mécanismes de
plaintes et de suivi passent principalement par la divulgation des règles
institutionnelles aux bénéficiaires et à leurs proches et la présence de
mécanismes de traitement des plaintes.
Dans ce sens, la Fédération Québécoise des CRDI
affirme que les mécanismes de prévention inclut notamment, les deux
actions suivantes : « Développer des mécanismes d’information aux
personnes qui reçoivent des services et à leurs proches sur les règles établies
par l’organisation en matière de prévention. Mettre en place un mécanisme
de traitement des plaintes» (Féd. Qué. CRDI,1995 :17).
Les efforts du Centre de Réadaptation en Déficience
Intellectuelle du Saguenay-Lac-Saint-Jean au niveau des mécanismes de
plaintes et de suivi des plaintes mérite d’être souligné. Leurs
documents Règlement portant sur les garanties minimales de protection a
assurer à la clientèle recevant des services du Centre de Réadaptation du
Saguenay-Lac-Saint-Jean et Règlement relatif au programme d’amélioration
continue de la qualité des services sont, en fait, des documents présentant
à la fois les orientations, les règles de conduites et les actions à
poser afin de permettre la sensibilisation aux diverses situations d’abus
et assurer la dénonciation et le suivi des plaintes.
16. Mécanismes de protection
des droits :
Présence ou absence de mécanismes et de mesures de
protection des droits des bénéficiaires (comité des usagers, chartes des
droits etc.)
Concernant les mécanismes de protection des droits, il
est premièrement intéressant de noter que la plupart des auteurs traitant
des mécanismes de plaintes et de suivi des plaintes se retrouvent également
au niveau des mécanismes de protection des droits. En effet, les mécanismes
de plaintes et de suivi des plaintes ne peut être mis en place sans un
premier effort de reconnaissance et de protection des droits des bénéficiaires.
En effet, trois organismes ayant élaborés des
politiques et orientations en matière de prévention des abus et de la
violence envers les personnes ayant des déficiences et/ou des incapacités
soit CRDI Saguenay 1999a, 1999b, Féd. Qué. CRDI 1995 et MSSS 2002a, 2002b
visent à la fois de développement de mécanismes de protection des droits
et le développement de mécanismes de plaintes et de suivi des plaintes en
cas de carences au niveau de la protection des droits.
Par exemple La Fédération Québécoise des CRDI définit
ainsi sa notion de prévention des abus : «LA PRÉVENTION de la
violence réfère à un ensemble de mesures, de stratégies destinées à prévenir
les risques de violence sous toute ses formes. Elle implique de reconnaître
en la personne des forces, un potentiel de réalisation, un droit de support
pour le développement et l’actualisation d’une autonomie maximale» (Féd.
Qué. CRDI 1995 :9). En d’autres termes, la prévention des abus ne
peut être réalisable qu’en prenant en considération les droit
fondamentaux du bénéficiaire soit la reconnaissance de son potentiel et
son droit à un support lui permettant un développement maximal.
Pour d’autres auteurs, dont notamment Pont (2000) la
reconnaissance des droits des personnes ayant des déficiences et/ou des
incapacités passe prioritairement par la modification des textes
juridiques. L’auteur analyse notamment les textes encadrant l’usage de
la contention et de l’isolement. Il affirme notamment que : «Si l’on ne
conteste pas la nécessité de prendre des mesures contre la volonté du
patient, inscrire ces mesures dans un cadre légal défini et précis fait
office de garde-fou et limite les abus et les dérapages. Les lois sont les
dents de la morale» (Pont,2000 :26).
17. Mécanismes de punition
des coupables et abuseurs :
Présence ou absence de mesures répressives envers les
employés coupables ou abuseurs. Inclus l’ensemble des mesures
disciplinaires possibles (congédiement, mutation etc.). Présuppose la présence
ou l’absence de mécanismes de repérage et d’enquête des employés
fautifs.
Seulement deux des auteurs consultés traitent des mécanismes
de punition des coupables soit Baumman et Thiele (1991) et CRDI Saguenay
(1999a). Pour ce dernier, l’importance des mesures correctives face à
l’intervenant fautif fait l’objet du sixième point de leurs énoncés
et principes. Il est notamment traité de l’importance d’inclure le système
judiciaire lors de soupçons et « De mettre en place des mesures
correctives concernant l’employé (e) en cause qui prendront la forme
d’une aide à apporter ou encore d’une sanction, selon la situation» (CRDI
Saguenay, 1999a :18).
Pour leur part, Baumman et Thiele (1991), dans leur
contre-rendu d’un cas réel d’agression sexuelle envers une jeune femme
déficience intellectuelle, présentent les réactions de l’institution
face à l’employé fautif. Apprenant l’événement, et après avoir
consulté le dit employé, l’administrateur congédia l’employé et protégea
tant la réputation de l’institution que celle de l’employé en assurant
la confidentialité des raisons de ce licenciement. (Baumman et Thiele,1991 :52).
18. Mécanismes de traitement
et support des victimes :
Présence ou absence de mesures, de mécanismes,
d’outils et de professionnels afin d’assurer le suivi et le traitement
d’un bénéficiaire victimisé (suivi psychosocial, accompagnement dans le
système judiciaire etc.).
Seulement deux des auteurs consultés traitent des mécanismes
de traitement et de support des victimes. Premièrement la Fédération Québécoise
des CRDI indique que «Fournir les moyens nécessaires à la protection des
personnes soupçonnées d’être victimes» et «Assurer accompagnement et
support aux personnes violentées et aux témoins» ( Féd. Qué. CRDI, 1995 :18-19)
constituent respectivement une mesure de dépistage et une mesure
d’intervention au niveau de la gestion des ressources humaines.
Deuxièmement, Baumman et Thiele (1991) termine leur
texte Autopsie d’une affaire d’agression en exposant
l’accompagnement de la jeune femme ayant été victimisée par un de ces
intervenants. Cet accompagnement a été effectuée par une intervenante
d’un groupe communautaire qui résume son implication dans ces termes :
«Alors patiemment, nous accompagnons Josianne sur ce difficile parcours.
Nous parlons beaucoup ensemble, nous utilisions des mots simples, nous
imaginions des jeux de rôles, jouons des mises en situation, simulons des séances
chez le psychiatre, l’avocat, le juge. Nous exerçons parfois, en
avant-première, les possibles scénarios des interrogatoires. En un mot,
nous aidions Josianne à reconstruire une confiance en elle-même. Nous lui
expliquons chaque nouvelle étape, nous l’y préparons» (Baumman et
Thiele,1991 : 54).
19. Perception et réputation
des institutions :
Degré d’importance que l’institution accorde à la
protection et à la valorisation de sa réputation. Paradoxalement, la
valorisation de la réputation peut à la fois encourager les gestionnaires
à valoriser une tolérance zéro des situations néfastes et/ou à chercher
à taire une situation néfaste pouvant entacher la réputation de
l’institution. Inclus également la perception des institutions comme étant
des milieux protecteurs et exempt de tout danger.
Bérubé et Goode (1995) débute leur texte Péril en
la demeure en affirmant : Il nous plaît de penser que les
personnes ayant des incapacités sont en sécurité, qu’elles sont protégées
des « dangers » de la société dans les institutions ou
qu’elles reçoivent un soutien de donneurs de soins ou de travailleurs
sociaux afin de pouvoir vivre au sein de la communauté. Il n’en est rien
[…] les chercheurs de l’Institut Roeher Institute ont entendu des témoignages
de violence et de mauvais traitements des personnes qu’ils avaient
rencontrées » (Bérubé et Goode, 1995 :3).
Dans le même sens, Sobsey (1994) affirme que cette
croyance que les institutions sont des milieux exempts de violence fait
obstacle aux modifications nécessaires à un réel changement : «La
population continue de croire que les institutions sont des milieux sécuritaires
qui protègent les individus de la société en leur offrant de l’éducation
sophistiquée, des services de réhabilitation et tout le support nécessaire.
Malheureusement, cette croyance est le fruit d’une imagination naïve et
le gouffre entre cette croyance et la réalité est trop profond pour être
traversé. Les politiciens ne peuvent faire face au public et leur dire la vérité.
Les bureaucrates ne peuvent ne peuvent faire face aux politiciens et leur
dire la vérité. Les administrateurs ne peuvent faire face aux
bureaucrates, les supérieurs ne peuvent faire face aux administrateurs, les
intervenants de première ligne ne peuvent faire face aux superviseurs.
Cette mauvaise foi à tous les niveaux fait qu’un réel changement est
impossible» (Sobsey 1994 :102-103).
20. Philosophie de
valorisation du personnel :
Présence ou absence d’une philosophie, d’une
orientation institutionnelle, favorisant la valorisation du personnel et
mettant l’accent sur l’accomplissement et la valorisation de soi dans le
travail quotidien. La présence d’une philosophie de valorisation du
personnel engendre un sentiment d’appartenance et de valorisation de
l’institution et permet de diminuer les possibilités de situations néfaste.
Un seul des auteurs consultés traite de l’importance
de la présence d’une philosophie de la valorisation du personnel comme
mesure de prévention des situations de violence et d’abus soit, la Fédération
Québécoise des CRDI (1995). Selon cette fédération, la présence d’une
philosophie de valorisation des personnes et du personnel est une des
mesures de prévention au niveau organisationnel. (Féd. Qué. CRDI,1995 :9).
De plus, cette valorisation du personnel est
l’orientation à privilégiée dans la gestion des ressources humaines (Féd.
Qué. 1995 :18) afin de garantir un environnement sécuritaire aux bénéficiaires
des centre de réadaptation pour les personnes présentant une déficience
intellectuelle.
21. Promiscuité :
Degré de promiscuité des bénéficiaires, notamment la
présence ou l’absence de chambre privée et la présence ou l’absence
d’espace ou les bénéficiaires peuvent être seuls. La surpopulation des
institutions et des foyers peut augmenter la possibilité de situations néfastes.
L’UNAPEI affirme que «l’hétérogénéité des
personnes accueillies; la promiscuité» constituent des facteurs de risque
de violence et de situations d’abus. (UNAPEI 2000 :48).
Dans le même sens, Sobsey (1994) affirme que la présence
de personnes ayant un potentiel d’agresseur dans les groupes de bénéficiaires
augmente le risque de vicitimisation : «Le mélange de personnes vulnérables
avec d’autres connus pour leur potentiel d’agresseur est commun en
institution. Les institutions ont crée ce problème mais, habituellement,
elle cherche à nier leur responsabilités et ne prennent que des actions
mineures, voir aucune action, pour régler le problème» (Sobsey,1994 :106).
22. Orientation (qualité de
vie) :
Orientations et politiques de l’institution et du
foyer. Les orientations institutionnelles peuvent soit être axées sur la
qualité de vie des bénéficiaires ou, au contraire, engendrer une dépersonnalisation
et une déshumanisation des bénéficiaires. Une orientation axée sur la
qualité de vie diminue la possibilité de situation néfaste tandis que une
déshumanisation des bénéficiaires augmente la possibilité de situation néfastes.
Dans leur étude Entre cinq murs, Pâquet-Deehy(2003)
plusieurs carences au niveau du traitement des bénéficiaires sont recensés
et analysés. Par exemple : «Le fait qu’un nombre restreint de préposés-es
dans les activités d’assistance quotidienne. Le fait qu’un nombre
restreint de préposés-es doivent faire manger, laver, habiller un grand
nombre de personnes dans un court laps de temps, impose un rythme et une façon
de faire auxquels sont soumises les personnes qui résident en centre de réadaptation.
La façon de donner des bains, ramenant rapidement la personne à sa chambre
à peine recouverte d’un drap, est souvent citée comme un exemple de ce
traitement à la chaîne.» (Pâquet-Deehy et al, 2000 :130).
Afin de contrer cette dépersonnalisation, plusieurs
institutions opte pour une approche positive axant sur la personnes. Par
exemple, La Fédération Québécoise des CRDI affirme qu’ «Actualiser
une philosophie d’intervention qui place la personne au centre de ses préoccupations»
(Fed. Qué. CRDI : 1995 :17) constitue une des mesures de prévention
organisationnelle.
Cette approche positive est notamment définit par Labbé(2000)
comme une «une vision globale de la personne (bio psychosocial et écologique)
en la situant dans ses rapports avec l’environnement. Cela implique de
considérer l’intervention selon des facettes diverses liées à la qualité
de vie, c’est-à-dire celle du développement, de l’adaptation et de la
réadaptation, de l’intégration et de la participation sociales, des
relations interpersonnelles, de l’autodétermination et de l’interdépendance,
de l’apprentissage, du soutien aux proches et à la communauté, etc.,
puis celle de l’aide à la personne et aux proches en rapport avec des
problématiques complexes liées à la présence de troubles de
comportementaux ou d’autres déficiences associées. Il est clair dans ce
modèle, que la participation de la personne comme principal acteur de son
projet de vie et de toute intervention, et l’implications des proches, de
la communauté et des autres dispensateurs de services vis-à-vis du même
projet de vie, sont des conditions indispensables à sa réussite» (Labbé,2000 :435).
23. Rationalisation et
standardisation des services :
Présence ou absence de mesures de rationalisation et de
standardisation des services institutionnels. La présence de mesures de
rationalisation diminue la personnalisation des services en limitant tant
l’adaptation aux besoins spécifiques que la prise en considération de la
personne ayant des déficiences et/ou des incapacités dans son plan de
service. Une rationalisation augmente la possibilité de situations néfastes.
Selon Labbé (2000) les attitudes autoritaires et
infantilisantes des proches et des intervenants qui décident souvent, sans
consulter ces personnes [personnes handicapées], pour une multitude
d’occasions (choix de vêtement et de nourriture, choix d’Activités,
choix des amis, lieu de résidence, etc.)» (Labbé,2000 :420) sont des
exemples de contention des personnes handicapées.
Petitpierre (2002), par le biais des études de Cassaz
(1995) affirme que : «De telles pratiques ont des conséquences
diverses, de l’inhibition du développement, de l’initiative et de
l’affectivité, de l’attitude dépressive à des conduites
oppositionnelles et des passages à l’acte violent. Ces effets s’atténuent
souvent lorsque les conditions de vie institutionnelle deviennent
suffisamment différenciées et respectueuses de la personne» (Cassaz,
1995, cité dans Petitpierre 2002 :23).
24. Relations de pouvoir dans
soins :
La présence de relations de pouvoir entre les aidants
(famille, professionnels etc.) et les personnes ayant des déficiences et
des incapacités peut augmenter les possibilité de situations néfastes.
Les bénéficiaires se trouvent alors sous une double autorité. Par exemple
un enfant recevant des soins de ses parents se retrouve sous deux autorités
: relation aidants-aidé et parents-enfant.
Ne pas confondre dépendance et autonomie dans les soins
(facteur personnel) : la dépendance et l’autonomie dans les soins réfèrent
à la capacité de la personne de répondre par elle-même à ses besoins
tandis que la relation de pouvoir dans les soins réfère à la relation
entre bénéficiaire et aidants.
La catégorie relations de pouvoir dans les soins
regroupe les catégories fonctionnement paternaliste, direction autoritaire
du personnel, grande présence de sanction (punition) et sur la soumission
dans la gestion et le projet de prise en charge et toute puissance de l’éducateur
(Plamondon, 2003a).
Selon Sobsey (1994), les abus institutionnels sont premièrement
caractérisés par :« la puissance extrême des employés face aux résidents.
Dans les cas extrême, les employés contrôle l’ heure de lever et de
coucher, le repas, l’accompagnement à la salle de bain, le bain et le
nettoyage, les conversations, l’exercice, le repos et généralement tout
les aspects de sa vie. Ce contrôle est exercé à l’aide de plusieurs
outils : un apprentissage de la soumission, l’usage de médicaments,
des cadenas, des clés, des restrictions, des thérapies dégradantes et une
routines rigide et, lorsque nécessaire, la force physique» (Sobsey,1994 :90,
traduction libre).
Crossmaker (1991) affirme que : « la dynamique de
puissance et de contrôle de l’institutionnalisations ont pratiquement
identiques aux dynamiques de puissance et de contrôle de l’agression
sexuelle» (Crossmaker, 1991, cité dans Sobsey, 1994 :90, traduction
libre).
25. Ressource résidentielle
mixte :
Mixité des ressources résidentielle. La mixité des
ressources doit être analysée selon le sexe du bénéficiaires. Des
ressources mixtes peuvent représenter une augmentation de situations néfastes
pour une bénéficiaire féminine tandis que une ressources réservée à la
clientèle masculine peut représenter une possibilité accrue de situations
néfastes pour un bénéficiaire de sexe masculin.
Sobsey (1994) affirme que les abus envers les enfants
sont plus fréquents à domicile : «Le domicile privé est
l’environnement où se produit le plus d’abus ((49,8%), mais les
institutions (15,8%), les véhicules (9,3%), les endroits publics (7,4%),
les foyers de groupe (6,5%) les autres environnements de services spécialisés
(6,5%) et les hôpitaux (2,3%) sont aussi des milieux où les abus sont
assez fréquents (Sobsey,1994 :80, traduction libre).
Selon Le Ministère de l’Emploi et de la Solidarité
Français, dans son document Situation de maltraitance en institutions
sociales et médico-sociales, affirme que sur 55 cas de violence
sexuelle recensés, 21 l’ont été dans les IME (Institut Médical-Éducatif).
De plus, de ces 21 cas, 15 l’on été dans des institutions mixte. Il est
important de noter que selon ce même ministère, 29 des victimes de ces 55
cas de violence sexuelle sont des jeunes garçons mineurs. (Ministère de
l’Emploi et de la Solidarité Français,1999 :19).
26. Revenus / déficits :
Absence ou présence d’un déficit institutionnel.
Inclus la présence ou l’absence de revenus adéquats et suffisants ainsi
que la présence ou l’absence de dette et/ou de déficit. La présence
d’un déficit institutionnel engendre une diminution de la qualité des
services, une réorganisation du travail et un stress supplémentaire pour
les employés, ce qui peut engendrer une augmentation des situations néfastes.
Des intervenants questionnés par Plamondon (2003a) ont
affirmé que le sous financement et les difficultés financières
constituent un facteurs de risque d’abus et de violence en institution.
Certains ont affirmé que ces difficultés financières amenaient certains
problèmes : «Les infrastructures sont en contradiction avec les
normes d’hygiène : on privilégie la rénovation du secteur
direction sur celle des salles de bains [et] porte coupe feu à l’envers,
peinture avant le plafonnage …» (Plamondon,2003a :35).
Dans le même sens, Le Comité Violence et Déficience de
L’Estrie (2003) affirme que : «Le contexte des compressions
budgétaires, les diminutions du personnel et la rigidité des conventions
collectives au sein des établissements» constituent des facteurs
d’augmentation du risque d’abus dans les organismes de services (Comité
Violence et Déficience,2003 :15).
De plus, Labbée (2000) montre la difficulté de la
valorisation de valeurs humanistes dans les milieux de soins notamment à
cause de l’omniprésence des réalités économiques : «Prioriser
une telle position [humaniste] paraît pourtant difficilement compatible
avec les pressions venant du milieu économique, secteur particulièrement
puissant et déterminant des valeurs sociales actuelles, qui valorisent des
choix peu favorables, aux gens les plus plus vulnérables ou démunis de la
société» (Labbé, 2000 :421).
27. Services de support aux
employés :
Absence ou présence de service de support aux employés,
notamment de service de suivi psychosocial et de counselling afin de
supporter et d’aider les employés à gérer des situations difficiles
(problèmes personnels, intervention auprès des bénéficiaires présentant
des troubles sérieux de comportements etc. ). L’absence de service de
support aux employés augmente la possibilité de situations néfastes.
La Fédération des CRDI du Québec affirme que : «Rendre
disponible au personnel de l’organisation du conselling individuel » et
«Assurer la disponibilité à un programme d’Aide aux employés» (Féd.
Qué. CRDI 1999 :18) sont deux mécanismes de prévention des
situations d’abus et de violence en institution.
Dans le même sens, Petitpierre (2002), dans ses
recommandations en matière de prévention affirme que : «Doter les
intervenants d’outils de maître émotionnelle» (Petitpierre,2002 :58)
permettrait notamment de limiter les «sentiments de toute puissance ou d’épuisement»
(Petitpierre,2002 :58) et ce, tout en permettant de bénéficier de période
de décharge.
28. Structures
administratives :
Présence ou absence de structure administrative
favorisant des rapports adéquats entre les bénéficiaires, les employés
et les gestionnaires (comité des usagers, table de concertation etc.).
L’absence de liens et de communication entre les bénéficiaires, les
employés et les gestionnaires augmente la possibilité de situations néfastes.
La catégorie structures administratives inclut plusieurs
facteurs de risques développés par Plamondon (2003a) soit :
fonctionnement paternaliste, fonctionnement bureaucratique, attentes irréalistes
des directions à l’égard des professionnels, conflits importants au sein
de l’équipe (Plamondon,2003a :6,9,10).
Ce même auteur affirme, notamment, que le fonctionnement
bureaucratique peut générer plusieurs problèmes dont : «multiplication
des intermédiaires dans l’acharnement d’une demande pour une question
simple : les wc bouchés» et «Les ateliers qui veulent organiser une
activité externe sont mis au défi d’obtenir autant d’autorisations
qu’il y a de résidents et de niveaux de hiérarchie» (Plamondon,2003a :18).
Pour sa part, L’UNAPEI identifie :« certaines
caractéristiques de la personnalité du directeur, des cadres
(perversions, autoritarisme, ou au contraire laisser aller …) (UNAPEI,2000 :48)
comme un facteur de risque d’abus et de violence en institution.
29. Types de ressources résidentielles :
Type et nombre de bénéficiaires des ressources résidentielles.
Plus la ressource résidentielle accueille un grand nombre de bénéficiaires,
plus la possibilité de situations néfastes est élevée. Plus la ressource
résidentielle recrée un milieu de vie familial et communautaire, plus les
possibilités de situations néfastes sont faibles.
Sobsey (1994) affirme que les abus envers les enfants
sont plus fréquents à domicile : «Le domicile privé est
l’environnement où se produit le plus d’abus ((49,8%), mais les
institutions (15,8%), les véhicules (9,3%), les endroits publics (7,4%),
les foyers de groupe (6,5%) les autres environnements de services spécialisés
(6,5%) et les hôpitaux (2,3%) sont aussi des milieux où les abus sont
assez fréquents (Sobsey,1994 :80, traduction libre).
Le Ministère de la Solidarité et de L’emploi de la
France (1999) analyse 81 cas de maltraitance repérés dans les institutions
sociales et médico-sociales. Selon ce ministère, 21des 55 cas de violence
sexuelle recensés l’on été dans les IME contrairement à 8 dans les IRP,
4 chacun dans les CAT et les IMPRO, 3 dans les MAS et 2 dans les IMP. Les
cas de violence physiques ce répartissent comme suit : 9 dans les IME,
3 dans les IRP et 1 dans les IMP et 4 non précisé pour un total de 17 cas
de violence physique.
30. Vérifications judiciaires
des employés :
Absence ou présence de vérifications policières des antécédents
criminels des aidants (famille, professionnels etc.).
Sobsey et Doe (1991) affirment que : «Plusieurs
agences continuent de fonctionner avec des mécanismes de vérifications
judiciaires minimes voir une absence de ces mécanismes, ce qui ne permet
pas de rejeter la candidature d’individus ayant un passé criminel. De
plus, certaines agences recherchent des individus fort physiquement et sûr
d’eux-mêmes parce qu’elles croient que ces individus exerceront un
meilleur contrôle des consommateurs de services» (Sobsey et Doe, 1991 :253-254).
De plus, une étude de Margolin (1991) impliquant 325
enfants ayant été agressés sexuellement par des aidants extérieurs à la
famille montre que dans 9% des cas, les parents n’étaient pas informés
du passé criminel du donneur de soins (Margolin, 1991 : 220, cité
dans Sobsey,1994 :223).
|